Edward Bernays, maître de la propagande

Posséder l’argent, le pouvoir ne donne pas tout. En fait, si on ne possède pas l’esprit des gens du peuple, un dictateur ne sera jamais tout à fait libre de faire continuellement ce qu’il entend. À un moment ou l’autre, quelqu’un peut contester sa position. Remettre en cause son autorité.

Je vous propose ici un extrait de mon « Petit guide pour aborder l’avenir », pp. 366-369.

« La propagande est le bras exécutif du gouvernement. » Edward Bernays

L’inventeur de la propagande ou psychologie des masses est le neveu de Sigmund Freud, Edward Bernays. Il écrit plusieurs livres, dont 2 majeurs : « Propaganda » et « Crystalizing Public Opinion » dans lesquels il encourage les gouvernements et les corporations à utiliser ses méthodes pour manipuler l’opinion publique.  « Crystalizing Public Opinion » servira à Goebbels comme base pour sa campagne destructrice contre les juifs d’Allemagne.   Bernays synthétise sa pensée en une science appliquée qu’il nomme les « relations publiques ».  En 1919, il ouvre le premier bureau dans ce domaine, le « Council on Public Relations ». 

En 1917, le président Woodrow Wilson forme le « Committee on Public Information » (CPI) qui est en fait une agence de propagande dont le but est de construire un soutien pour la guerre de la part du peuple américain.  Bernays en fait partie et il en vient vite à promouvoir l’idée que le rôle des États-Unis dans la guerre était de « faire un monde sûr pour la démocratie ».  Le slogan est à ce point judicieux qu’il est encore utilisé de nos jours.

En 1928, dans « Propaganda » il écrit : « Si nous comprenons les mécanismes et les motivations de l’esprit collectif, il est désormais possible de contrôler et d’embrigader les masses selon notre volonté à leur insu. ».  Il poursuit : « Il n’est pas nécessaire à un politicien de se soumettre aux opinions du peuple s’il apprend comment infléchir l’esprit des électeurs en conformité avec ses propres idées sur le bien-être de la population et les services publics. ».  Encore : « La manipulation consciente et intelligente des habitudes et opinions des masses est un élément important de la société démocratique.  Ceux qui manipulent ces mécanismes cachés de la société constituent un gouvernement invisible qui règne en réalité sur le pays. »  Sympa, non!  Qu’en dites-vous?

Pour le gouvernement américain, il a adapté ses techniques de fabrication à chaque danger afin que ce dernier puisse maintenir l’état de crainte et acquière ainsi un plus grand contrôle sur la population.  Il était l’expert de la guerre psychologique.  Il a conseillé que le ministère de la guerre change d’appellation pour celui de ministère de la Défense afin de couvrir les gigantesques opérations de massacre.  Il aide la CIA et la Chiquita Brand International à renverser le président démocratiquement élu du Guatemala en 1954. Dans un travail pour la minière Alcoa (aluminium), il contribue à amasser du soutien populaire pour la fluoration des eaux municipales à travers les États-Unis.  La minière ne sachant trop comment se débarrasser des déchets de son usine.

La pensée de Bernays a été grandement influencée par Gustave Le Bon, médecin, psychologue et sociologue français dont la vie chevauche les 19e et 20e siècles.  En 1895, il publie son œuvre majeure : « Psychologie des foules ».  Les recherches de Le Bon mettent en évidence un ensemble de principes simples qui permettent aux leaders de provoquer une contagion idéologique et d’arriver au pouvoir.  Ses travaux influencent Hitler, Goebbels et Mussolini dont les réussites prouvent les avancées de Le Bon. 

Bernays démontre que la psychologie individuelle diffère complètement de la psychologie collective.  Son travail est une véritable ingénierie du consentement.  Sa spécialité était de fabriquer des tendances pour ses clients.  Les perceptions devenaient des commodités vendables.  Il réussit grâce à l’application de 3 tactiques psychologiques.  D’abord, créer des associations, savamment calculées, entre les peurs et les désirs des individus.  Ensuite, gagner la faveur des leaders d’opinion et autres personnages publics influents afin que ceux-ci touchent ceux qui les suivent.  Enfin, utiliser le conformisme social pour initier une contagion des comportements.

Il a convaincu la population d’acheter sur l’impulsion, des choses dont elle n’avait pas besoin réellement en liant des produits de masse à ses propres désirs inconscients.  Il a ainsi créé une véritable culture de la consommation.  Ultérieurement, les travaux des chercheurs se sont penchés davantage sur les effets et les causes du conformisme social et sa capacité à altérer les perceptions.

Faire fumer les femmes

Le cigarettier producteur de la marque Lucky Strike a fait appel aux compétences de Bernays pour inciter les hommes et les femmes à fumer.  Voici sa méthode.  Avant la Première Guerre mondiale, les hommes chiquaient plus le tabac qu’ils ne le fumaient.  Durant la guerre, les cigarettiers envoyèrent des cigarettes aux soldats], si bien que le conflit terminé, les hommes avaient pris l’habitude de fumer.  Par contre, en ce qui concerne les femmes, il était mal vu pour elles de fumer, particulièrement en public.  Il a alors élaboré un stratagème.  Il s’était rendu compte que n’importe quelle féministe branchée sur son époque et qui se prenait pour une victime de discrimination serait enchantée de se faire remarquer lors de l’Easter Parade à New York.  Alors, en 1929, pour cet événement, il laisse couler des informations dans les journaux, à l’effet qu’un groupe de femmes allait causer un geste d’éclat lors de cette occasion.  Il contacte une féministe de ses connaissances et lui demande de se faire accompagner par une amie également féministe ainsi que de 2 jeunes hommes.  Il les briefe sur la manière de répondre à la presse qui ne manquerait pas de les questionner et demande à ce qu’entre la 34e et la 57e rue, elles allument une cigarette en guise de torche de la liberté pour protester contre l’inhumanité masculine et le tabou contre les femmes qui fument.  Le lendemain, toute la presse américaine s’empare de l’événement et en parle en première page.  En moins de trois jours, tous les journaux publient des articles sur les femmes qui fumaient à Union Square de San Francisco, de Denver et dans des quartiers de Boston.  Fumer pour une femme devenait du coup un geste fort et le faire en public était un acte de bravoure et de liberté.  Les ventes de cigarettes montèrent en flèche.

Plus tard, le cinéma et la télévision deviennent les outils de marketing les plus efficaces pour initier les jeunes à la cigarette.  On appelle la technique l’« effet papier peint ».  Il s’agit d’incorporer la cigarette dans des scènes.  Ainsi, on ne la voit plus.  Dans les années 1990, Sylvester Stallone a signé un contrat avec un cigarettier pour qu’il fume dans 5 films dont il était la vedette.

6 thoughts on “Edward Bernays, maître de la propagande”

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