Carlos Castaneda

Ses livres ont été publiés dans plusieurs langues et lus par des millions d’individus à partir de la fin des années ‘60.  Ils ont donc influencé une génération complète de lecteurs à l’époque où l’on annonçait la venue prochaine de l’ère du Verseau.  Carlos Castaneda demeure une référence dans moult ouvrages de psycho pop des années ’80 et ‘90 parce que son travail touche directement à ce qu’on nomme la croissance personnelle.

Les 13 ouvrages qu’il a écrits relatent l’histoire de son initiation à la sorcellerie par don Juan Matus, indien, sorcier de la tribu des Yaquis dans le sud-ouest des États-Unis et du nord-est du Mexique. 

Toutefois, au-delà de la sorcellerie, Don Juan entraîne Castaneda sur le chemin de la Connaissance où l’adepte apprend autant à se servir du Pouvoir que d’en être son serviteur.

Les ouvrages de Castaneda nous démontrent jusqu’où les capacités d’un être humain peuvent aller lorsqu’il n’est plus soumis au contrôle des reptiliens.

Carlos Castaneda

Introduction

Les débuts de l’œuvre de Carlos Castaneda émergent lors de la période hyppie* à la fin des années ’60 en Californie. 

Le rythme de sa production littéraire suit les étapes de son apprentissage.  Parfois un livre par année est publié, parfois il faut attendre davantage.  Cependant, chaque volume constitue un parfait miroir du changement de son être intérieur et ne ressemble en rien au précédent, jusqu’à l’apothéose et sa maîtrise des enseignements. 

Son dernier volume, La roue du temps, est édité en 1999 pour la langue française.

Rencontre déterminante

L’histoire de Castaneda est la suivante.  Étudiant en anthropologie à UCLA, il fait sa thèse de doctorat sur l’usage que font des plantes psychotropes les indiens du sud-ouest des États-Unis et du nord-est du Mexique.  À cet effet, il se rend sur le terrain pour dénicher un informateur.  Il prend donc contact avec un sorcier Yaqui, don Juan Matus.  Il désire que ce dernier lui donne des renseignements sur le sujet.

Bien mal lui en prend!  Le vieil indien le prend dans les mailles de son filet et commence à l’instruire de sa science.  Ce que Castaneda découvrira plus tard, c’est qu’il est offert par le Pouvoir à don Juan pour que ce dernier puisse compléter la prochaine génération de sorciers pour succéder à son propre groupe.

Carlos se trouve dans la situation où il n’a aucun choix de vouloir suivre ou non cet apprentissage.  En fait, il est littéralement subjugué par ce qu’il apprend ainsi que par la personnalité hors du commun de son maître.  Durant 13 ans, il poursuit donc son apprentissage aux côtés de don Juan mais également sous l’aile bienfaitrice d’autres sorciers, hommes et femmes, faisant partie du cycle de don Juan. 

Une des caractéristiques de Carlos Castaneda est le fait qu’il prend continuellement des notes.  Son maître en tire profit et lui insigne la tâche de faire de son écriture un acte de guerrier.  Carlos s’attèle alors à cette besogne.  C’est donc dire que ses livres, à tout le moins les premiers, ont été écrits en état de réalité non ordinaire.  De ce fait, ils contiennent un certain pouvoir.  C’est la raison pour laquelle des lecteurs peuvent être affectés directement par ce qu’ils lisent.  Que leur lecture impacte directement leur vie sous des aspects qu’ils ignoraient.

Conception du monde non rationnelle

En abordant don Juan, Carlos arrivait avec tout son bagage d’étudiant occidental rompu à la méthode scientifique.  Le premier geste du nagual don Juan a été de le déconditionner, de lui faire perdre cette habitude erronée d’appréhender la vie, les expériences exclusivement avec son intellect.  La sorcellerie touche des domaines immensément plus vastes que ce que la science permet.  Elle fait appel aux facultés des humains encore ignorées de l’académie officielle.

Les sorciers considèrent que tout a une « âme ».  Grottes, ruisseaux, crevasses, montagnes, arbres, animaux, etc. possèdent un esprit qu’il faut respecter.  Pour les shamans, la vie regorge de forces qu’il est possible de canaliser à différents usages.  Il faut aussi se soumettre à d’autres en toute humilité.

Bref, en le sortant du cadre dans lequel Carlos évoluait depuis son enfance, le nagual don Juan n’a fait que développer sa conscience.  Pour ce faire, il l’a parfois obligé à utiliser certaines drogues.  Par contre, comme il le lui dira ultérieurement, ce n’était que parce qu’il était particulièrement « bouché ».  Donc, usage des drogues uniquement pour « déconstiper » Carlos.  L’emploi de ces substances ne sont pas obligatoires dans l’apprentissage de la sorcellerie et affectent négativement le corps des utilisateurs.

Un enseignement qui n’entre pas dans l’histoire qu’on nous enseigne

Don Juan dit que la tradition dont il est issu remonte à l’époque des sorciers de l’Ancien Mexique qu’il estime à au moins 10,000 ans.  Comme Carlos lui dit que cette datation n’entre pas dans la version que nous, les occidentaux, avons de l’histoire, don Juan lui rétorque :  « Tu as tes sources.  J’ai les miennes. ».  Donc, s’il faut en croire le vieil indien, il y a 10,000 ans, en Amérique, à tout le moins celle du nord et un peu de celle du centre, vivait plus qu’un peuple :  une civilisation.  Très en avance sur nous en ce qui concerne le développement de certaines aptitudes psychiques.  Il n’y a qu’un pas à faire pour l’associer à l’Atlantide puisque ce serait la seule civilisation qui aurait pu (encore selon nous) exister dans les environs si l’Atlantide se situait dans la mer des Caraïbes.

Toujours selon don Juan, beaucoup de gens alors étaient capable de grands exploits parce qu’ils possédaient de grands pouvoirs.  Si l’on y réfléchit bien, pour que ces gens aient pu développer de telles capacités, c’est donc dire que leur civilisation remontait beaucoup plus loin en avant.

Une collègue de Carlos qui a été initiée à la même tradition que lui, Taisha Abelar, nous informe que les habitants de l’Ancien Mexique et ceux de la Chine ancienne avaient la même origine (1).  C’est donc dire que selon les sorciers d’Amérique, une civilisation très ancienne possédant les mêmes connaissances aurait occupé autant l’Amérique que l’Asie**.  Ne serait-ce qu’une civilisation dont on parle ici ou s’il en existait plusieurs?  Quelle était l’origine de cette ou ces civilisations?  Une civilisation présente sur toute la planète?  Ni Carlos ni Taisha n’élaborent là-dessus.

Il est également à remarquer que l’enseignement prodigué par les différents sorciers s’est bonifié au fil des âges, à chaque génération.  La connaissance acquise par ces guerriers ne représente donc pas un tout immuable intemporel.  Les sorciers sont en perpétuelle recherche et découvrent constamment.

Dialogue intérieur et impeccabilité

Un sorcier est d’abord et avant tout un guerrier qui chasse le pouvoir et l’accumule sous forme d’énergie; un homme de Connaissance qui sait jouer avec ce pouvoir tout en restant à son service.

Il existe deux éléments centraux dans la vie et la pratique des sorciers :  éteindre son dialogue intérieur et l’impeccabilité dans ses actions.

Vous avez sans doute remarqué que l’on se parle constamment à soi-même.  Un mot existe dans la langue française pour décrire ce babillage :  soliloque.  Nos idées défilent sans arrêt.  La première tâche que l’apprenti doit réaliser, c’est de cesser ce dialogue intérieur.  La chose demeure primordiale parce que c’est la seule façon d’accéder à l’ « autre monde ».  Fait à remarquer, cet impératif d’arrêter son soliloque existe aussi en yoga … pour assurément la même raison.

Outre ce contrôle sur nos pensées, le sorcier doit agir de façon impeccable dans tous les aspects de sa vie.  La discipline formidable dont font preuve les sorciers ne se retrouve nulle part ailleurs sur Terre dans quelque domaine ou peuple que ce soit.  Aucun moine, aucun athlète, etc. ne peuvent rivaliser avec l’extrême degré de rigueur de ces praticiens.  On doit être parfait ou ne pas être.

Ce n’est pas n’importe qui qui peut prétendre devenir sorcier ou sorcière.  Parce que cet art touche de façon égale les deux sexes.  Homme et femmes possèdent des caractéristiques que l’autre sexe ne possède pas.  Plusieurs sorciers/sorcières doivent travailler à l’éducation d’un apprenti qui se fait via différents exercices. 

Un apprenti, une candidate est offert, en quelque sorte à un nagual par synchronicité oserai-je sire.  Le nagual étant celui qui constitue l’équipe, si l’on veut, qui forme une génération de sorciers.  Outre un contact pédagogique avec les autres membres du clan, un apprenti apprend aussi à maîtriser des alliés, des entités qui existent dans l’univers et qui aident le sorcier dans sa pratique.

Don Miguel Ruiz, l’auteur de Les 4 accords toltèques fait partie de la même tradition que Don Juan, mais pas du même lignage.

Pouvoirs des sorciers

On nous présente souvent les sorciers comme des manipulateurs de talismans, gris-gris ou autres objets du genre.  Ils peuvent aussi faire des incantations pour amener des forces naturelles à coopérer avec eux.  À part que dans le premier livre (L’herbe du diable et la petite fumée), Castaneda ne fait jamais référence à ce type de pratique.  En fait, il semble que cette façon de procéder caractérise plutôt les brujos mineurs i.e. des sorciers qui n’ont pas atteint le niveau supérieur.  Eh oui, ce ne sont pas tous les alchimistes qui trouvent la pierre philosophale!

Les pouvoirs que la lignée de don Juan sont parvenus à acquérir sont prodigieux.  Et ils se rapprochent curieusement (sic) de ceux que les fakirs ont développés.  Rappelons que les fakirs sont des praticiens d’une forme spécifique de yoga.  Ils peuvent, entre autres, se transpercer le corps d’aiguilles sans qu’ils n’éprouvent aucune douleur et sans qu’il n’y ait épanchement de sang, léviter, hypnotiser les gens, etc. 

Ainsi, les sorciers peuvent Voir i.e percevoir la réalité de façon spécifique.  Par exemple Voir les humains comme des œufs lumineux constitués d’une multitude de fibres vibrantes.  Ils peuvent aussi Voir des entités autres qu’humaines qui se baladent dans la société.  Voir les plantes, les montagnes, etc.

Les sorciers ont également développé leur corps de rêve, leur double.  Ils peuvent donc se trouver à deux endroits simultanément (don d’ubiquité) et se déplacer à la vitesse de la pensée, voyager partout dans le cosmos.  Ils sont également aptes à lire dans la pensée des gens, influencer leur comportement, agir à distance sur eux.  Ils peuvent encore se transformer en animal.  Ils ne meurent pas mais se dissolvent simplement dans l’éther.  Décrire en totalité les capacités des sorciers serait fastidieux.  Résumons le tout en disant qu’ils ont transcendé littéralement le genre humain.

Leg de Carlos Castaneda

Lors de la description de ses rencontres avec don Juan, Carlos dit souvent que ce dernier, à tout moment, fait un geste curieux, s’étire ou exécute un mouvement saugrenu.  Le maître dit que cela l’aide pour équilibrer son énergie.  En fait, il exécute ce que Castaneda décrira ultérieurement comme une passe magique.  Il s’agit réellement de mouvements pour redéployer l’énergie qui circule (les chinois parlent du « chi ») à travers le corps de chaque individu.

Carlos a pris ces mouvements, les a catalogué et structuré dans une science du mouvement qu’il appelle la tenségrité.  Le terme fait référence à l’architecture et « désigne la propriété des structures de charpente qui recourent à des pièces continues en tension et à des pièces discontinues en compression, de telle façon que chaque pièce fonctionne avec un maximum d’efficacité et d’économie » (p. 16).

À l’heure actuelle, la tenségrité se pratique en divers endroits dans le monde.  L’enseignement est strictement réservé à des gens qui ont suivi une formation adéquate dans un institut que Castaneda a créé avant de nous quitter.  On pourrait apparenter la tenségrité au taï chi, bien qu’elle en diffère beaucoup quant à sa forme.

Conclusion

Les livres de Castaneda nous révèlent son initiation.  Ils jettent un regard original et en contradiction avec le savoir occidental tant au niveau historique, scientifique, psychologique et médical.

Pour peu que vous vous laissiez attirer par cet enseignement et ces exercices, comme Carlos l’a expérimenté, il y a un risque auquel vous serez confronté.  Fondamentalement, vous demeurerez le/la même.  Par contre, toute votre vie en sera transformée!

Tout au long des 13 volumes qui constituent son œuvre littéraire, Castaneda donne plein d’exemples d’erreurs que nous commettons lors de notre vie courante que le guerrier en quête de connaissance doit corriger.  Car les guerriers doivent suivre certaines règles de vie s’ils veulent accéder toujours plus en profondeur dans l’art.  Il est facile pour quiconque le désire de suivre les règles de vie qui nous sont accessibles.  Et le fait de les suivre nous change profondément.

À tout événement, si l’on choisit de lire tous les bouquins de cet auteur hors du commun, on ne peut sortir indemne de la chose.  L’univers du sorcier touche indubitablement une part de nous qui a trait aux rêves, à l’intuition, l’irrationnel.  Notre compréhension du monde en sera manifestement affectée … positivement.  Cela nous permettra de saisir des détails qui rendent le monde fabuleux.

Alors, si la chose ne vous effraie pas, bonne lecture … et merveilleuse vie!

Publications relatives

Carlos a eu des acolytes.  Notamment Florinda Donner-Grau et Taïsha Abelar qui ont elles aussi écrit des livres concernant leur initiation.  J’en donne la fiche bibliographique à la suite des livres de Castaneda. 

Je vous en recommande fortement la lecture.


*Hyppie ou hyppy :  Mouvement suivant l’ère Beatnik.  Idéologie des années 1970 prônant le refus de la société de consommation et valorisant la liberté des mœurs ainsi que la non-violence (« flower power », faites l’amour et non la guerre).  Les hyppies constituant un contre courant, rejetaient les valeurs traditionnelles de la société en place et le mode de vie des générations précédentes.  Contre culture.

**Cela pourrait expliquer les sources de l’acupuncture et les correspondances que l’on peut faire entre les arts martiaux chinois et la tenségrité.

Bibliographie

Note :  On peut trouver ces bouquins dans toute bonne librairie d’occasion à prix réduit.  Ils sont également disponibles en format de poche.

Castaneda, Carlos.  L’herbe du diable et la petite fumée.  Le Soleil noir, 1972.

Voir.  Les enseignements d’un sorcier yaqui.  Trad. De l’anglais par Marcel Kahn.  Postface de Jean Monod.  NRF.  Coll. Témoins.  Paris, Éditions Gallimard, c1973.  265p.

Le voyage à Ixtlan.  Les leçons de don Juan.  Trad. De l’anglais par Marcel Kahn.  NRF.  Coll. Témoins, Paris, Éditions Gallimard, c1974.  247p.

Histoires de pouvoir.  Trad. De l’anglais par Carmen Bernard.  Coll.  Témoins.  Paris, Éditions Gallimard, c1975.  279p.

Le second anneau de pouvoir.  Trad. De l’anglais par Guy Casaril.  NRF.  Coll. Témoins, paris, Éditions Gallimard, c1979, 269p.

Le don de l’aigle.  Trad. De l’anglais par Guy Casaril.  Coll. Témoins, Paris, Éditions Gallimard, c1982. 292p.  ISBN 2-07-026620-6

Le feu du dedans.  Trad. De l’anglais par Amal Naccache.  Coll. Témoins, Paris, Éditions Gallimard, c1985. 279p.  ISBN 978-2-070-703-449.

La force du silence.  Nouvelles leçons de Don Juan.  Trad. De l’anglais par Amal Naccache.  Coll. Témoins, Paris, Éditions Gallimard, c1988. 268p.  ISBN 978-2-707-145-99.

L’art de rêver.  Les quatre portes de la perception de l’univers.  Trad. De l’américain par Marcel C. Kahn.  Monaco, Éditions du rocher.  Jean-Paul Bertrand Éditeur, c1994.  317p.  ISBN 2-268-01724-9

Le voyage définitif.  Trad. De l’américain par Nikou Tridon, Monaco, Éditions du rocher, Jean-Paul Bertrand, c2000, 330p.  ISBN 2-268-03463-1

La roue du temps.  Les chamans du Mexique ancien, leurs pensées sur la vie, la mort, l’univers.  Trad. De l’américain par Céline Mimouni-Cazals, Monaco, Éditions du rocher, Jean-Paul Bertrand, c1999.  300p.  ISBN 2-268-03278-7

Passes magiques.  Les pratiques traditionnelles des shamans de l’ancien Mexique.  Trad. De l’américain par Emmanuel Scavée, Monaco, Éditions du rocher.  Jean-Paul Bertrand, c1998.  ISBN 2-268-03054-7

1)Abelar, Taisha.  Le passage des sorciers.  Voyage initiatique d’une femme vers l’autre réalité.  Trad. De l’anglais par Sylvie Carteron.  Paris, Éditions du Seuil, c1998.  319p.     ISBN 2-02-021948-4,     p. 159.

2)Donner-Grau, Florinda.  Les portes du rêve.  Préf. de Carlos Castaneda.  Trad. De l’américain par Laurence Minard.  Coll. Âge du Verseau.  Monaco, Éditions du rocher. Jean-Paul Bertrand, c1995.  298p.  ISBN 2-268-02135 1

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